La première titularisation de Pape Matar Sarr avec la Juventus a produit deux lectures presque opposées. Après le 5-0 contre le NEC, Giancarlo Marocchi, ancien milieu bianconero et consultant de Sky, l’a trouvé « rouillé ». Luciano Spalletti, lui, a employé une image autrement plus flatteuse : « C’est un cavallino di razza », autrement dit un pur-sang. Entre les deux jugements se trouve peut-être la vraie nature du match du Sénégalais : encore imparfait physiquement, mais déjà suffisamment intéressant pour laisser entrevoir le rôle que son entraîneur pourrait lui confier.
Une prestation imparfaite qui a pourtant séduit Spalletti
Les réserves de Marocchi ne sortent pas de nulle part. Sarr a perdu six ballons et n’a remporté que trois de ses dix duels. Arrivé de Tottenham avec les séquelles d’un problème musculaire, il n’a probablement pas encore retrouvé toutes ses capacités athlétiques. « Sarr m’a semblé rouillé », a estimé Marocchi, beaucoup plus impressionné par la prestation de Douglas Luiz dans le rôle de regista.
Fabio Capello a immédiatement nuancé cette lecture en rappelant la passe verticale de Sarr pour McKennie à l’origine du 2-0 d’Alajbegovic. Marocchi l’a jugée assez simple compte tenu de la hauteur de la défense néerlandaise, mais elle illustre exactement ce que Spalletti semble apprécier. Le Sénégalais a touché 69 ballons, deuxième total de la Juventus derrière Lucumí, et est resté constamment connecté au jeu. « Il est toujours resté dans l’équipe et près du ballon », a apprécié l’entraîneur, qui a également souligné sa qualité de course tout en reconnaissant qu’elle pouvait parfois lui faire perdre de la propreté technique.
Sarr pourrait reprendre une partie du travail de Locatelli
C’est surtout son utilisation qui mérite désormais d’être suivie. À Tottenham, Sarr s’était fait connaître par ses grandes courses, ses projections et sa capacité à avaler les mètres. À Turin, Spalletti pourrait lui demander autre chose : rester davantage dans sa zone, récupérer, proposer une solution courte et sécuriser l’équilibre lorsque Douglas Luiz se projette.
Ce partage des tâches devient particulièrement intéressant avec les longues absences de Locatelli et Thuram. Sarr ne deviendrait pas pour autant un nouveau Locatelli, leurs profils étant très différents. Mais il peut reprendre certaines fonctions laissées vacantes : couvrir le milieu, rester proche du ballon et permettre à Douglas Luiz de jouer un peu plus haut. Sa passe vers McKennie montre également qu’il conserve la capacité de casser une ligne lorsque l’occasion apparaît.
Spalletti sait que son nouveau milieu est encore loin de son meilleur niveau. C’est précisément ce qui explique peut-être son enthousiasme. Derrière le joueur encore « rouillé » aperçu par Marocchi, il voit déjà le potentiel d’un milieu capable de donner des courses, de l’équilibre et de la verticalité à une équipe privée de deux éléments majeurs dans l’entrejeu. Et lorsqu’un entraîneur parle déjà de « pur-sang » après une seule titularisation, c’est généralement qu’il pense avoir trouvé beaucoup plus qu’une simple solution de rotation.












