Luciano Spalletti possède un contrat jusqu’en 2028 et Giovanni Carnevali vient encore de le qualifier d’« entraîneur extraordinaire ». Officiellement, son avenir immédiat ne fait donc l’objet d’aucun ultimatum. Mais derrière cette protection publique se cache une situation assez inhabituelle : en cinq mois, presque toute l’architecture sportive qui avait installé puis conforté Spalletti a été reconstruite autour de lui. La question n’est pas de savoir si la nouvelle Juventus souhaite aujourd’hui le chasser, mais si son entraîneur est encore aussi central dans un projet qui n’est plus organisé par les mêmes hommes.
Ceux qui avaient choisi Spalletti ne sont presque plus là
Lors de son arrivée en octobre 2025, Damien Comolli avait insisté sur une décision collective. Lui-même, François Modesto, Giorgio Chiellini et la propriété avaient identifié Spalletti « à l’unanimité » comme le profil idéal. Ce point est essentiel : le technicien n’a jamais été uniquement « l’homme de Chiellini ». En revanche, l’ancien défenseur fut bien l’un de ses principaux soutiens internes. En avril, lorsque la Juventus a prolongé Spalletti jusqu’en 2028, La Gazzetta dello Sport le présentait même comme son « premier sponsor », tandis que John Elkann avait lui aussi fortement poussé pour sécuriser l’entraîneur.
Deux mois plus tard, le décor a presque entièrement changé. Comolli a quitté le club le 12 juin et Giovanni Carnevali a pris les fonctions d’administrateur délégué et directeur général. Frederic Massara a ensuite été nommé Chief Football Officer, avec la responsabilité de diriger le secteur sportif masculin, tandis que Modesto a quitté la Juventus en juillet. Chiellini, lui, est passé de Director of Football Strategy à Chief Club Affairs Officer, un poste davantage consacré aux institutions, aux relations stratégiques et à la représentation du club.
Ce changement de Chiellini nourrit désormais les interprétations. Ivan Zazzaroni écrit dans le Corriere dello Sport qu’« on dit » que son récent « redimensionnement » serait lié au fait qu’il avait fortement poussé pour la prolongation de Spalletti. L’emploi même de cette formule impose la prudence : ce n’est pas un fait établi par le club. La Juventus présente officiellement son nouveau rôle comme une autre fonction stratégique, et non comme une sanction. Mais la rumeur trouve un terrain favorable parce qu’au printemps encore, Chiellini apparaissait comme l’un des relais les plus solides de Spalletti au moment où ses relations avec Comolli s’étaient fortement refroidies.
Carnevali le protège, mais l’équilibre politique a changé
Le paradoxe est là. Carnevali n’a pas choisi Spalletti en octobre et n’était pas non plus à la tête du club lors de sa prolongation d’avril. Pourtant, il doit aujourd’hui porter le projet de cet entraîneur. Son discours après Sassuolo a été sans ambiguïté : il veut « programmer et construire », réclame du temps et assure que changer de technicien n’est pas dans son esprit. Cela ressemble davantage à une reprise en main du dossier qu’à une prise de distance.
Mais la première défaite de la saison a suffi pour que d’autres ombres réapparaissent. Zazzaroni évoque notamment de nouveau Antonio Conte autour de Turin, tout en reconnaissant qu’un retour de cette importance dépendrait directement de la propriété et non de Carnevali seul. Il ne s’agit donc pas d’une succession programmée. Le simple fait que le nom de Conte recommence à circuler montre néanmoins que Spalletti n’évolue plus dans le même environnement politique qu’au moment de son renouvellement.
Spalletti n’est donc pas exactement l’entraîneur d’une Juventus qui ne l’a jamais choisi : Elkann et la propriété avaient validé son arrivée puis son maintien. Mais il est devenu l’entraîneur d’une Juventus dont les hommes, les responsabilités et les circuits de décision ont profondément changé après sa prolongation. Voilà peut-être la vraie fragilité du moment. Ses résultats décideront évidemment de son avenir, mais ils seront désormais jugés par une direction qui a hérité de lui plutôt que par celle qui avait construit son pouvoir. Et lorsque les résultats commencent à vaciller, cette différence cesse rapidement d’être anecdotique.

