La Juventus veut enfin reconstruire dans la durée. Un chiffre permet pourtant de mesurer à quel point le club a changé de direction depuis la fin de la première ère Allegri.
La Juventus parle aujourd’hui de reconstruction, de continuité et de nouveau projet. Mais pour comprendre pourquoi ces mots reviennent aussi souvent, il suffit de regarder un chiffre. Depuis la fin de la première ère Massimiliano Allegri en juin 2019, six entraîneurs différents ont été installés sur le banc bianconero en sept ans, sans même compter les techniciens intérimaires comme Paolo Montero ou Massimo Brambilla. Une succession frénétique qui raconte mieux que beaucoup de discours la difficulté du club à retrouver une direction durable.
Des mandats éclairs et un carambolage tactique
Après le premier départ d’Allegri sont venus Maurizio Sarri, Andrea Pirlo, le retour d’Allegri, Thiago Motta, Igor Tudor puis Luciano Spalletti. Cette véritable fragmentation sportive impose aujourd’hui une grande prudence lorsqu’il s’agit d’évaluer la nouvelle Juventus. L’anomalie réside surtout dans la durée vertigineuse de ces mandats : un an pour Sarri, un an pour Pirlo, moins d’une saison pour Motta et environ sept mois pour Tudor. Seul le second passage d’Allegri s’est étiré sur presque trois ans, au milieu d’une instabilité devenue chronique.
Chaque changement a également correspondu à une nouvelle philosophie, brouillant totalement l’identité de l’équipe. Le jeu de position de Sarri a laissé place aux expérimentations de Pirlo, avant le retour au pragmatisme d’Allegri. La possession voulue par Motta a ensuite été balayée par l’intensité de Tudor, jusqu’à l’arrivée de Spalletti. Résultat : l’effectif a été constamment adapté à une nouvelle idée, puis réadapté au projet suivant. À force de modifier ses priorités, la Juve a perdu toute ligne directrice stable sur le long terme.
Spalletti doit casser la spirale
Le contexte rend donc la saison qui commence particulièrement importante. À la fin du mois d’octobre, Spalletti atteindra un an sur le banc. Franchir ce cap symbolique, dans un contexte de reconstruction assumée et sans être sous la menace immédiate d’un limogeage, constitue déjà une nouveauté. Personne ne lui demande impérativement le Scudetto dans l’immédiat : les objectifs réalistes ciblent un retour vital dans le top 4 (Ligue des champions) et un parcours ambitieux en Ligue Europa. Une tension saine subsiste néanmoins, John Elkann ayant récemment rappelé que « l’ambition de la Juventus reste toujours de gagner ».
Le véritable enjeu dépassera finalement le classement. Pour la première fois depuis longtemps, la Juventus a besoin qu’une saison débouche naturellement sur la suivante sans devoir tout déconstruire. Six entraîneurs en sept ans prouvent que le problème turinois n’a pas seulement été celui des résultats, mais bien celui de la continuité. Le premier véritable succès de Spalletti ne sera peut-être pas de soulever un trophée ce printemps, mais tout simplement de permettre au club de ne pas recommencer à zéro l’été prochain.












