Dessiner la Juventus en 4-2-3-1 avant Sassuolo est pratique. Cela ne raconte pourtant qu’une petite partie de ce que Luciano Spalletti veut réellement voir sur le terrain. Interrogé sur son organisation et sur les conséquences de l’absence de Manuel Locatelli, le technicien a livré une explication particulièrement claire : sa Juve n’a pas vocation à rester enfermée dans un seul système pendant 90 minutes.
Un système pour attaquer, un autre pour défendre
Spalletti refuse d’abord l’idée d’une équipe figée à partir de sa disposition au coup d’envoi.
« Il y a un système en phase offensive et un autre en phase défensive », rappelle-t-il. La Juventus peut ainsi partir d’un losange, utiliser une pointe avec un joueur derrière elle et deux éléments excentrés, puis modifier complètement sa structure quelques secondes plus tard.
L’objectif est de créer des associations autour du porteur, d’occuper certaines zones à plusieurs et surtout de retirer les repères à l’adversaire.
« Ce n’est plus comme autrefois avec un système positionnel où l’on reconnaissait davantage les géométries, les positions et le système de l’équipe », explique Spalletti.
Créer volontairement du désordre
Son idée est presque paradoxale : produire une organisation suffisamment maîtrisée pour donner l’impression de désorganiser le terrain.
Les joueurs doivent pouvoir quitter leur zone, créer des surnombres et attirer les adversaires hors des secteurs où ils se sentent à l’aise. Ce fonctionnement exige toutefois des compensations permanentes. Lorsqu’un latéral avance, quelqu’un doit protéger son espace. Lorsqu’un milieu se projette, un autre doit assurer la couverture.
C’est aussi ce qui explique pourquoi Spalletti peut demander à la Juve de défendre ponctuellement à cinq lorsqu’elle recule près de sa surface. Le dispositif dépend donc autant de l’endroit où se trouve le ballon que des onze noms alignés au départ.
Même sans Locatelli, le principe ne change pas
L’absence du capitaine aurait pu pousser l’entraîneur vers une organisation plus rigide. Spalletti assure le contraire : « Sans Locatelli, ça ne change rien : nous avons la possibilité d’utiliser n’importe quel système tactique. »
Douglas Luiz peut évoluer devant la défense, Sarr apporte des courses différentes, Koopmeiners peut modifier sa hauteur et plusieurs joueurs offensifs disposent de la polyvalence nécessaire pour changer de zone.
Voilà pourquoi le onze annoncé avant Sassuolo devra être lu avec prudence. Il donnera probablement une position de départ aux joueurs, mais pas leur destination finale.
Chez Spalletti, le système ressemble davantage à un point de départ qu’à une cage. Et c’est précisément cette capacité à devenir plusieurs équipes au cours du même match qu’il cherche désormais à installer à la Juventus.

