Deux victoires contre Frosinone et Parme ont permis à la Juventus de lancer parfaitement sa saison sur le plan comptable. Mais Luciano Spalletti sait pertinemment que la réception de l’AC Milan, ce dimanche à l’Allianz Stadium, possède une tout autre valeur. Pour la première fois, la Vieille Dame va affronter un adversaire capable de mettre réellement à l’épreuve l’équilibre, la circulation et les rotations qu’il cherche à installer.
Un système amputé de ses maîtres à jouer
Le timing de ce premier grand choc s’avère structurellement complexe. Le projet de Spalletti est déjà lourdement handicapé par une infirmerie saturée. Opéré du cinquième métatarse, Kenan Yildiz ne devrait pas retrouver les terrains avant le mois de novembre, privant le « jeu total » de son interprète le plus fluide entre les lignes. Le constat est encore plus sombre pour Khéphren Thuram, dont l’opération du genou ampute la saison d’au moins quatre mois, faisant perdre un volume athlétique précieux et une grosse couverture au milieu de terrain. Si Weston McKennie, touché par une fatigue musculaire, est le plus proche d’un retour, sa présence contre Milan n’a rien d’une certitude.
Des recrues appelées en urgence
Pour compenser ces pertes majeures et le départ de Jonathan David vers l’Atlético de Madrid, la direction a dû agir dans les derniers instants du mercato. Pape Matar Sarr a débarqué en prêt de Tottenham (avec une obligation d’achat conditionnelle de 27,5 M€) pour ramener ce profil box-to-box. Devant, le prêt sec du géant allemand Nick Woltemade (1,98 m) en provenance de Newcastle répond directement au manque de présence aérienne ciblé par Spalletti. Toutefois, aligner ces recrues de la dernière heure dès dimanche relèverait du pari plutôt que de l’automatisme.
Le véritable crash-test tactique
C’est justement ce contexte qui rend la rencontre fascinante. Le technicien toscan exige que des éléments comme Andrea Cambiaso, Francisco Conceição ou Nico Gonzalez puissent changer de zone sans fracturer le socle du 4-2-3-1. Or, Milan sera la première formation capable de presser violemment les sorties de balle et de punir le moindre déséquilibre de l’entrejeu, actuellement remanié autour de Manuel Locatelli et Douglas Luiz. Si les Lombards n’ont plus marqué en championnat contre la Juve depuis six matches, ils ne viendront pas en victimes expiatoires.
Ce classique ne définira évidemment pas tout l’exercice turinois. Un match nul fermé et tactique ne tuerait en rien le projet naissant. En revanche, une défaite confuse, marquée par des pertes de balle évitables et un déséquilibre structurel, poserait la question de l’identité collective de cette Juventus bien plus rapidement que celle du classement.

