Les médias français et Calciopoli

Suite aux confessions de Lance Armstrong, un rédacteur de Sofoot a eu l’excellente idée de faire un top 10 des personnalités du monde sportif qui devraient également « avouer ». Comme on pouvait s’y attendre, notre ex-directeur sportif Luciano Moggi est dans le top 10. A lui seul, il semble représenter le mal d’un Calcio qui, encore aujourd’hui, est la proie d’affaires douteuses. Le but de cet article est d’informer et de sensibiliser les journalistes sportifs francophones à la désinformation qu’ils sont susceptibles de lire et de reproduire.

S’il y a une seule chose qu’il faut retenir de la sociologie des scandales, c’est bien qu’un scandale n’est pas nécessairement le produit d’un fait scandaleux mais plutôt de mobilisations multisectorielles (médias, tribunaux, politiques, …). Ainsi, des scandales peuvent émerger sans aucun fondement concret, tant que médias, tribunaux ou encore politiciens se mobilisent pour dénoncer un ou plusieurs individus. Jusqu’à preuve du contraire, je crois qu’on peut dire cela de ce qui a été appelé « Calciopoli ». Est-ce que je me base sur mon aveuglement de tifoso juventino pour professer de tels blasphèmes? En tout cas pas totalement. Voici ce qui apparaît dans les motivations de la dernière sentence du tribunal pénal de Naples (février 2012):

- Le championnat enquêté (2004/05) n’a pas été altéré:

 “…trattandosi di reato di tentativo (la frode sportiva ndr.) questo non ha la necessità della conferma, che il dibattimento in verità non ha dato, del procurato effetto di alterazione del risultato finale del campionato di calcio 2004/2005 a beneficio di questo o quel contendente”. 

Dans ce cas, je vous pose la question, pourquoi Agnelli ne devrait-il pas demander le retour des deux scudetti?

- Les tirages au sort des arbitres n’étaient pas truqués:


“Incomprensibilmente il pubblico ministero si è ostinato a domandare ai testi di sfere che si aprivano, di sfere scolorite, e di altri particolari della condizione delle sfere, se il meccanismo del sorteggio, per la partecipazione ad esso di giornalista e notaio, era tale da porre i due designatori Bergamo e Pairetto, nell’impossibilità di realizzare la frode. Che il sorteggio non sia stato truccato, così come hanno sostenuto le difese, è emerso in modo chiaro durante il dibattimento”.

Alors pourquoi Moggi a-t-il été condamné pour 5 ans et 4 mois?

Les juges n’ont pas été convaincu par la défense de Moggi sur le thème des cartes SIM. L’hypothèse (l’hypothèse donc) que Moggi ait distribué des cartes SIM à des arbitres et à leurs responsables a été maintenue comme crédible. Bergamo, ex responsable des arbitres, affirmait en effet avoir reçu une carte SIM de la part de Moggi mais c’était pour des buts autres que le trucage de matches. Quels autres buts? Échapper aux écoutes téléphoniques orchestrées par la Telecom, société particulièrement proche de l’Inter. Explication loufoque? Pas si l’on en croit les derniers développements du procès Telecom où il a été admis que la société milanaise a effectivement exercé de telles activités à l’encontre de Moggi, d’arbitres et d’autres acteurs du Calcio. Est-ce que Moggi et Bergamo ont raison? Le futur nous le dira.

« Au cœur de ces affaires de paris truqués et d’agents louches, un nom revient en boucle : Luciano Moggi. »

Pourquoi c’est le nom de Moggi qui revient en boucle? Des faits concrets incontestables ou le fait qu’une très grande partie du monde médiatique fait de l’anti-juventinisme primaire une vertu? Le cas du journaliste Paolo De Paola est emblématique. Autrefois directeur de Tuttosport, il était régulièrement invité sur les plateaux télé pour représenter l’opinion pro-Juve et pro-Moggi. Aujourd’hui, il est directeur du Corriere dello Sport (Rome), quotidien qui continue pourtant d’enchaîner des titres anti-Juve et, dans le contexte du Calcioscommesse, anti-Conte. Dans un tel pays, où une très grande partie des tifosi haïssent  la Juve plus que tout, l’antijuventinisme vend bien. Il n’y a qu’à voir comment Conte est perçu comme l’acteur principal du feuilleton Calcioscommesse alors qu’il n’a été accusé que d’une omission de dénonciation. En définitive, lorsqu’un journaliste sportif français prend en considération de tels journaux pour écrire ses articles, s’il se soucie ne serait-ce qu’un petit peu du devoir d’objectivité, il devrait considérer que ce qu’il lit en italien (du Corriere à la Gazzetta en passant par Tuttosport et même Repubblica) n’est souvent pas la sainte vérité.

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