La grande histoire de Gianni Agnelli

Cette histoire est magnifique, une histoire faite d’amour intense et infini. Chaque supporteur bianconero se doit de la connaître, en la mémoire de cet homme de cœur, d’implication, de dévouement; un homme qui restera à jamais le plus grand supporteur de la Vielle Dame. Cette histoire est celle de Giovanni Agnelli, l’«Avvocato». Il a été et sera toujours le point de référence de la Juventus.

Dès sa naissance le 12 mars 1921, Gianni est plongé dans les couleurs bianconere. Il a seulement deux ans quand son père, Edoardo, devient président de la Juventus, quatre ans quand l’équipe remporte son premier scudetto, quinze ans quand son grand-père, Giovanni lui aussi, l’appel pour faire partie du Conseil d’Administration. Son amour pour le club était déjà immense.

En 1935, son papa décèdera dans un accident d’avion alors qu’il partait en vacances. Gianni entrera officiellement dans la vie de la Juventus, en tant que Président honoraire pendant sept années, de la saison 1947/48 à la saison 1953/54.

« Je suis même ému lorsque je vois la lettre « J » dans un titre de journal » disait-il.

En 1954, Gianni Agnelli cède son poste de Président à son frère, Umberto, et puis à Vittore Catella, Giampiero Boniperti, Luca Montezemolo et Vittorio Chiusano, mais l’Avvocato s’investit néanmoins toujours autant pour la Juventus et reste le premier supporteur.

Il n’a jamais eu peur des mots lors de ses déclarations durant lesquelles l’ironie ne manquait jamais. Des phrases destinées aux plus grands joueurs. Il donnera aussi des surnoms comme à Del Piero qu’il surnommera le « Pinturicchio » (un artiste peintre) pour la beauté des trajectoires de ses coups francs, il l’appellera encore « Cocco di mamma » et après sa grave blessure, « Godot », celui qu’on attend et qui n’arrive jamais, selon une pièce de théâtre de Samuel Beckett. Roberto Baggio fut d’abord appelé « Raffaello », le divin à la queue de cheval, et puis, après un mauvais match en Nazionale, « coniglio bagnato » (déf: lapin mouillé). Il définira Zinedine Zidane, après son départ pour Madrid, comme étant « un joueur plus divertissant qu’utile », Aldo Serena, un attaquant « bravo dalla cintola in su »; et Zibi Boniek un « bello solo di notte », en rapport avec son habitude de ne marquer des buts importants que lors des matchs nocturnes.

Même le grande mafieux Tommaso Buscetta n’échappera à l’ironie de l’Avvocato: « Buscetta a déclaré être un grand tifoso de la Juventus? C’est la seule chose qu’il ne devra pas regretter ». Et encore, sur le metteur en scène des « ultrà » de la Fiorentina, Franco Zeffirelli: « C’est un grand metteur en scène, mais lorsqu’il parle de football, je ne l’écoute même pas ». Et puis sur Boniperti, qu’il souhaitait tellement comme son successeur à la Présidence du club: « Quelle belle période quand je le jetais en bas du lit dès l’aube. Maintenant, je dois le réveiller à quatre heure de l’après-midi ! ». Sur Didier Deschamps: « On dirait un maréchal de Napoléon ». Et enfin, sur Diego Armando Maradonna, un joueur qu’il aurait tellement souhaité à la Juventus: « Maradona est le seul joueur qui n’a pas besoin d’une équipe et d’un entraîneur ».

Deux joueurs ont été les vrais « chouchous » de l’Avvocato, des joueurs qu’il a aimé et admiré: l’argentin Omar Sivori et le français Michel Platini, tous les deux énormément désirés par Gianni et deux cadeaux qu’il a fait à sa Juventus tant aimée.

Mais voilà « Sivori est un vice » et le joueur argentin n’était pas d’accord avec les idées pragmatiques et le jeu prolétarien de son entraîneur, Heriberto Herrera. Ce dernier a alors posé un ultimatum « ou il part ou je pars », Agnelli a alors convoqué le joueur, et l’a licencié, très certainement avec beaucoup de regret: « Il sait combien je l’apprécie, mais il ne me laisse pas d’autre choix: Herrera est son supérieur ».

Michel Platini a été la seconde grande passion de Gianni Agnelli, qu’il a ramené personnellement à Turin. Le Président Boniperti fut contraint à céder face au « caprice » et dû se défaire de Liam Brady. Mais Platini a eu difficile durant ses premiers mois en bianconero, et pas seulement à cause de la pubalgie: « Je n’ai pas ramené Platini pour voir Furino jouer à sa place »,
avait-il déclaré sèchement après un match qui ne lui avait pas beaucoup plu. Et ensuite, Michel est devenu «Le Roi» que l’on connaît tous.

Les deux hommes ont été liés d’un profond sentiment d’amitié. Le jour du dernier match officiel de Platini avec la Juventus en mai 1987, Agnelli a prononcé un hommage poignant pour le Français: « Aujourd’hui est une bien triste journée, a-t-il dit. Un autre pain de nos vies est venu et s’en va. Platini restera dans nos mémoires comme l’un des plus grands joueurs de la Juventus ». Et que dire de la déclaration de Michel Platini après le décès de son Président: « Je perds un bout de mon passé. Je suis atteint d’une grande tristesse qui deviendra de la mélancolie. Il m’a énormément donné, m’enseignant par dessus tout le respect pour la vie ». De Sivori à Platini, plus personne n’aurait su prendre une place dans son cœur, ni Baggio, ni Zidane, ni même Del Piero; jusqu’au bout, son « amour » pour eux a été sincère et immense.

Même s’ il s’était dit très fier de la réussite de l’écurie de Formule 1 de Ferrari, propriété de la maison Fiat et actuelle championne du monde, Agnelli n’a jamais caché que, pour lui, rien n’arrivait à la hauteur de la Juventus : « Dans mon inconscient, dans les moments difficiles, il y a toujours quelque chose que je veux découvrir, et c’est comment la Juventus a fait pour gagner encore aujourd’hui ».

Gianni Agnelli décèdera le vendredi 24 janvier 2003 à Turin à l’âge de 81 ans. Mais cette histoire ne prendra jamais fin car cet homme est un exemple et une inspiration pour la Vieille Dame qui n’oubliera jamais de rappeler que ce grand Monsieur est en grande partie responsable de la valeur de cette équipe et du style Juve.